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Rockomotives 2009

 

 

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Vendôme, vendredi 30 octobre

Moins d’artistes attendus (Oxmo Puccino tout de même), mais de nombreux noms inconnus au menu de cette journée : connaissant le flair des programmateurs des Rockomotives, Richard Gauvin à leur tête, nous nous attendons à quelques belles révélations. Et, à trois reprises, nous ne serons franchement pas déçus.

Nous pensions être en avance aux concerts de l’après-midi, à la Chapelle Saint-Jacques, mais des travaux et un accident nous font connaître pour la première fois, en plus de douze ans de fréquentation des Rockomotives, des bouchons à l’entrée de la ville (enfin, nous connaissons ceux qui ferment les bouteilles des vins locaux, mais ça n’a rien à voir). A notre arrivée, est présent sur scène un trio dont la jeunesse surprend ; si j’apprendrai plus tard qu’ils ont la vingtaine, ils paraissent facilement cinq ans de moins, et la claviériste (qui peut aussi s’occuper d’une seconde batterie ainsi que de percussions diverses, comme des bouteilles de vodka et de Bordeaux) a posé près de ses instruments un sac à dos Adidas, comme si elle devait retourner en cours dès que la prestation est terminée. Pendant un certain temps, je me demande si le chant est assuré par une fille ou un garçon prépubère, et ce n’est ni à l’œil ni à l’oreille que j’obtiens la réponse - mais en consultant le programme du festival. Par contre, la musique, pourtant extrêmement expérimentale, donne une impression de maîtrise - en particulier les sons bruitistes et inédits des claviers ont dû être longuement travaillés. Sur deux morceaux, un autre trio vient les rejoindre, avec en particulier un grand guitariste black qui se colle juste derrière la chanteuse, ce qui, avec la fumée et les lumières, donne l’impression d’une grande ombre autour d’elle : très belle trouvaille visuelle. Au final, cette musique plus que particulière reçoit un chaud accueil d’un public pourtant très varié, et le trio doit revenir pour un rappel. Ca s’appelle Micachu and the Shapes et ça nous vient d’Angleterre - contrée qui ne nous avait pas habitués à une telle originalité ces derniers temps.

Toujours dans un registre plutôt expérimental, quoique bien moins barré, le quintette de Montréal Clues, signé sur Constellation, me fait aussi forte impression, même si je regrette d’une part que la Chapelle Saint-Jacques, parfaite pour de formations intimistes, ne soit pas le lieu le mieux adapté à leur musique souvent bruyante et énergique (avec notamment deux batteries), et d’autre part de ne pas connaître les chansons, quelques écoutes préalables devant permettre de mieux apprécier leurs structures complexes et ambitieuses, alternant pop et rock, tranquillité et chaos. Cependant, pendant leur prestation, je pense régulièrement à Arcade Fire, ce qui situe le niveau du groupe. Nul doute donc que l’on devrait prochainement reparler de ce combo plus que prometteur.

Nous rejoignons ensuite le Minotaure où, patientant jusqu’à l’ouverture de la salle, nous assistons à des spectacles qui paraîtraient étranges en d’autres lieux : Laetitia Sheriff en train de servir de la bière au bar, et l’une des Vedettes, la troupe belge parrainée par Katerine, élastiquant les exemplaires du journal du festival comme une petite main de la World Company ; eh oui, non seulement il n’y a pas de bar VIP aux Rockomotives, mais même les VIP donnent de leur personne.

Deux batteries, c’est mieux qu’une

Après Clues, nous avons droit à une nouvelle preuve de la créativité de la scène montréalaise avec Karkwa. Tabernacle, la Belle Province a envahi Vendôme ! Et là encore, deux batteries : la tendance de cette édition 2009 des Rockomotives ? Le quintette livre un rock plus classique que celui de leurs prédécesseurs, chanté en français comme chez leurs compatriotes Malajube, les morceaux sont inspirés et l’interprétation énergique, et, mine de rien, cela constitue déjà la troisième révélation de la journée. On passe ensuite à la scène nantaise avec Fordamage. Comme dirait Lino Ventura dans "Les tontons flingueurs", c’est du brutal. Du rock tendance émo, pas loin de Fugazi, à l’assaut de nos conduits auditifs, lesquels sont tellement mis à l’épreuve que nous finissons par nous éloigner de la scène, il reste plusieurs groupes à apprécier. Nous en profitons pour nous restaurer, d’autant que cette étape n’est pas ici, comme dans la plupart des autres festivals, juste motivée par la nécessité de se nourrir, mais un moment agréable, tant pour l’ambiance ("tenues" différentes chaque soir, ce vendredi les serveurs arborent des sous-pulls colorés et des perruques, ce qui permet de se remémorer le passage ici de Katerine il y a trois ans) que pour le contenu concocté par l’association Loukoum et Camembert : sandwiches poulet-citron-thym-hummous ou chèvre-curry-carottes-raisins, velouté petits-pois-menthe, cake aux graines... (je m’arrête là car vous allez croire que vous venez de passer de M-la-music.net au site de Gault et Millau)

Les Binary Audio Misfits sont le fruit d’une rencontre internaute entre les toulousains d’Experience et les rappeurs texans The World Association. Et même si ces derniers impressionnent au micro, la réunion ne fonctionne pas toujours, notamment lorsque Michel Cloup intercale son parlé qui se marie mal au flow souple des MC américains. Plut tôt dans la journée, on a pu voir les jeunes islandais (dix-neuf ans de moyenne d’âge) For A Minor Reflection au premier rang devant la prestation de Clues, n’en perdant pas une miette. Ils ont en effet à apprendre de leurs aînés, notamment au niveau des compositions : au mieux leurs morceaux post-rock font énormément penser à Mogwai ou à Sigur Ros, la plupart du temps ils ne renferment que du vide. Pour le titre de révélation du festival, il faudra attendre au moins 2019.

Le début de la prestation d’Oxmo Puccino inquiète : pendant trois morceaux, ses musiciens semblent en pilotage automatique, et même son flow paraît fatigué. Mais ce n’est qu’une période de réglage, après laquelle le concert peut vraiment commencer avec un magnifique enchaînement "365 jours" - "Soleil du Nord", deux joyaux extraits de son dernier opus. Dès lors, tout est impeccable, des morceaux les plus "cools" ("L’arme de paix") aux plus enlevés ("Black Popaye"), et prouve qu’Oxmo Puccino est non seulement un grand du rap, mais tout simplement un grand musicien. Petit regret cependant : en enlevant les trois premiers titres, la performance semble bien courte. Tout le contraire du temps d’attente pour Java, le groupe est-il arrivé à la dernière minute ? Hypothèse plausible, car malgré des réglages interminables, le son du concert est franchement mauvais, et les paroles, pourtant le principal intérêt de la troupe, ne sont pas audibles. Même si une partie du public, conquise d’avance, est enthousiaste, je reste sur ma faim. Le retour se fait dans un brouillard à couper au couteau, heureusement que je connais la route par cœur et que la pop légère de Faris Nourallah est dans l’autoradio - rien de tel pour se maintenir éveillé.


par Gilles Ferté

dimanche 8 novembre 2009


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