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François Hadji-Lazaro

 

 

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L’hyper sensible

Tout le monde connaît Pigalle, les Garçons Bouchers et Los Carayos… Depuis, le personnage principal de ces groupes, tout en rondeur, revient sur le devant de la scène, mais seul.

En effet, François Hadji-Lazaro travaille en solo depuis 2002, année durant laquelle il a intégré Universal et sort son premier album "Et si que". Il continue son aventure de plus belle et sort une compilation intitulée "Recueil frais et disco" en 2003 et comme on dit "jamais deux sans trois", le voici à nouveau avec "Contre Courant" sorti cette année.

On peut se demander en quoi consiste l’originalité de ce dernier bébé… Qu’a-t-il encore trouvé pour nous épater ? C’est tout simple : cet opus est l’expression de la liberté.

FHL étant seul, il a pu décider de faire ses mélanges, avec ses proportions, ses mots. Cela donne un album original dans lequel l’artiste et ses musiciens utilisent un nombre incalculable d’instruments. Côté mots, FHL le lettré les utilise à la perfection et avec sa verve légendaire. Elle est plus tranchante et caustique que jamais.

L’artiste éclectique peut être considéré comme un poète rock, plutôt décalé, un homme qui aime la vie même si elle est parfois "pourrie" comme il le dit. Sa sensibilité est bien cachée mais elle est bien présente dans ce monde de brutes qui l’insupporte… et il suffit de gratter un peu pour s’en apercevoir très vite.

Propos recueillis par Alexandrine Stella

M la Music : Après Pigalle, les Garçons Bouchers et Los Carayos, une carrière solo, c’est la suite logique de ta carrière ?

François Hadji-Lazaro : Dans le passé, il fallait quand même que j’écrive dans une certaine démarche. Il est arrivé un moment où forcément j’avais d’autres envies. Là, j’ai une liberté totale. Donc continuer en solo est plus facile car je peux aller n’importe où, mais d’autant plus difficile parce qu’il faut faire attention. Il faut tout de même qu’on reconnaisse ma "patte". (sourire)

MLM : Ton dernier album "Contre Courant" est-il la continuité de ta carrière ou apporte-t-il quelque chose de nouveau, un petit plus ? Si oui, lequel ?

FHL : Ca fait longtemps que je fais des disques et je ne m’ennuie pas. Beaucoup d’artistes, à partir du moment où ils ont trouvé la formule qui marche, font toujours la même chose et travaillent toujours dans le même esprit. Donc, en ce qui me concerne, je garde une certaine personnalité avec de plus en plus l’utilisation de thèmes et de musiques du monde entier. Je tente le plus possible de mélanges et j’utilise de plus en plus de matériels informatiques pour mélanger des sons acoustiques avec des instruments qui vont jusqu’à des instruments médiévaux ou baroques avec l’ordinateur et des programmes synthétiques, c’est plutôt intéressant. De toutes façons et plus que jamais je vais dans cette démarche là.

MLM : Quels sont les chanteurs ou chanteuses dont tu ne te lasses pas depuis des années ?

FHL : Je suis plutôt tourné vers la tradition de la chanson réaliste. A un moment, Boucherie Production avait fait une compilation avec les chansons d’Edith Piaf et de Fréhel reprises par plein de groupes de rock : ça, ça me plaît. Pour ce qui est de la chanson, c’est la période Piaf et Tréhel qui me convient. Toute mon éducation est venue de la musique traditionnelle, la musique folk. Avec la diffusion de la world music et avec Internet, plus que jamais je m’intéresse aux musiques traditionnelles qui peuvent aller du fin fond de l’Amazonie en passant par le Groenland et tous les instruments bizarroïdes que je peux rencontrer m’intéressent.

MLM : On dit de toi que tu es un poète rock-réaliste. Comment fais-tu pour allier ces deux univers opposés que sont la poésie et le réalisme ?

FHL : Ce qui m’intéresse dans la vie, c’est toujours l’ambiguïté, les contrastes. J’ai déjà un physique spécial qui ne me correspond pas forcément, et ma musique est fondée également sur des contrastes. Ma démarche est en marge car elle consiste à bousculer un peu toutes les choses convenues. Quitte d’ailleurs à les faire moins bien, mais je ne veux m’accrocher à aucune image et aucun concept véritable. Ce qui créé parfois une ambiguïté parfois difficile à porter parce que les gens du coup ne savent pas trop qui je suis. Je suis difficile à classer, et c’est ce côté là qui m’intéresse, c’est-à-dire pas de règles pour conserver l’ambiguïté maximale au bon sens du terme ambiguïté.

MLM : Une grande tournée s’annonce pour toi, aimes-tu rencontrer ton public ? Prends-tu du plaisir sur scène ou considères-tu que les concerts sont un passage obligé ?

FHL : Il y a des musiciens qui n’aiment que le live et d’autres qui n’aiment que le studio. Je ne me pose même pas la question car c’est la complémentarité des deux qui m’intéresse. En plus, j’ai un avantage : comme j’ai toujours fait des musiques hyper bizarroïdes et mélangées, du coup, j’ai un public bizarroïde et mélangé. On remarque des tranches d’âges, des milieux sociaux, des motivations très divers dans le public : mes musiciens et moi touchons donc beaucoup de gens différents et selon les endroits où on se produit, on ne sait jamais comment cela va se passer. Du coup, nous avons une façon de jouer qui peut être très différente d’un concert à l’autre. C’est pour cela et grâce à tout cela que je ne m’ennuie jamais.

Alexandrine Stella




samedi 11 septembre 2004




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