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La Route du Rock 2009

 

 

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Fort de St-Père, dimanche 16 août 2009

Après une première journée musicalement un peu frustrante, et une deuxième meilleure que prévu, la programmation du dimanche est plus que prometteuse malgré son caractère schizophrène : de la musique calme sous toutes ses formes (folk, pop, chanson), puis de l’électro dansante. A l’arrivée, une soirée magnifique (à une exception près), et la naissance d’un monument.

Beau temps toujours pour cette troisième soirée (certains ont-ils essayé de se faire rembourser leur billet pour n’avoir pas reçu la moindre gouttelette de pluie ?), la quarante-cinquième de l’histoire de la Route du Rock au Fort (et la quarantième pour votre serviteur). Elle débute un peu plus tôt par la conférence de presse de Dominique A. On en profite pour lui poser quelques questions et ainsi compléter la très belle interview faite en mars dernier sur ce site : notamment sur sa collaboration avec Maria Mochnacz, connue pour son travail avec PJ Harvey et qui a réalisé les photos de son dernier album : « C’était l’idée de ne pas avoir une pochette à la française, qu’il y ait ce grain qui est dans le disque » ; et ayant remarqué le côté très dépouillé des versions de ses chansons lors de sa dernière tournée solo qui s’achève ici, « comme s’il avait enlevé aussi le Red Bull » (il avait qualifié "La musique" de « Fossette version Red Bull »), les raisons de ce dépouillement et si cet aspect serait conservé lors de ses prochains concerts en groupe : « Non, l’idée en groupe c’est vraiment d’arranger les choses et que ça soit le plus orchestré possible. Le dépouillement, c’est par la force des choses, en solitaire ; et puis j’ai fait beaucoup de concerts solo où je tricotais avec des boucles. Je vais en faire quelques-unes ce soir, mais c’était l’idée justement de me débarrasser d’un systématisme, du systématique de la boucle, tac tac et on empile on empile ; et aussi de me remettre en danger par rapport à l’exercice solo. Après, la formule solo, par rapport à "La musique", ce n’est pas un truc que j’ai envie de développer, c’est le chant du cygne de la formule solo ce soir… C’est plus par défaut en fait. » (coïncidence, alors que Dominique A répond à cette question, on entend au loin "L’écho" que les DJs de Magnetic sont en train de passer au Fort). Sinon, il révèlera que les deux principales influences sur "La musique" sont un album d’OMD et le dernier Blue Nile, « avec des rythmes qui partent droit », évoque le projet d’un livre « mais pas un roman », fera preuve d’une mémoire pas franchement neuve en décalant d’un an ses deux passages à la Route du Rock, défendra Calogéro (il y trouve des similitudes avec Blonde Redhead) mais aussi les Pale Saints, bien meilleurs à son avis que My Bloody Valentine (qu’il aurait cependant aimé voir par curiosité, mais il n’a pas pu).

Sur la scène, Bill Callahan, cheveux aujourd’hui grisonnants, joue les ballades de son superbe dernier opus "Sometimes I wish we were an eagle", sa voix chaude et grave étant accompagnée magnifiquement par une violoniste, un violoncelliste, un second guitariste et une batterie. C’est calme, mais aussi très beau. Quelques incursions dans le répertoire de Smog, notamment avec une interprétation très électrique de "Bathysphere", réussie même si elle contraste fortement avec les versions alanguies des autres titres du set. Pour ma part, j’avais vu Callahan pour la dernière fois en 1996, dans une salle de Pigalle qui s’appelait l’Erotika (où il partageait l’affiche avec Will Oldham), et il semblait mort de trac ; au contraire ici, il semble très à l’aise, presque intimidant quand son regard ombrageux se porte sur le public, malgré quelques tics (en particulier des jambes qui ont souvent tendance à se dandiner façon marche militaire). On regrettera juste qu’il passe un temps trop long à se réaccorder entre les morceaux, ce qui nous prive d’un titre supplémentaire.

Andrew Bird joue de la guitare, du violon, chante et… siffle aussi, devant un public enthousiaste. Si on connaît la valeur de ses compositions, on pourra cependant regretter ce soir quelques interprétations où le groupe ne semble pas tout à fait au point, et surtout le manque d’épaisseur du son, très loin de celui léché de ses albums. Mais la qualité de l’affiche de la soirée nous rend sans doute bien difficile. Au final, il fait la transition avec le concert précédent en reprenant "Cold blooded old times" de Smog. Pas sûr que Bill Callahan ait apprécié cette version (mais comme il refusera toute interview, on ne le saura jamais).

Est-ce par réaction à notre question de tout à l’heure que Dominique A livre un set bien plus énergique et rentre-dedans que certaines de ses performances solo cette année ? En tout cas, sa prestation est à nouveau convaincante, même si elle n’atteint pas les sommets qu’il avait atteints avec sa tournée solo fin 2002 (lorsqu’il « tricotait ») et celle suivant "Tout sera comme avant". Lors de ce concert trop court, il visitera aussi les débuts de sa discographie, avec un morceau qu’in avait déjà interprété lors de son dernier passage ici en 1995 ("Le courage des oiseaux" bien sûr), et un qu’il aurait pu faire à cette époque ("Otto box").

On avait découvert Grizzly Bear lors de la Route du Rock 2006 (qui, ils nous l’apprendront pendant le concert, était le tout premier festival où ils ont joué). Depuis, on a pu explorer "Yellow house" (sans doute l’un des disques les plus importants de ces dernières années, mais on ne le sait pas encore), ainsi que le projet parallèle du guitariste Daniel Rossen, Department of Eagles (meilleur album sorti l’an dernier) et les productions du bassiste Chris Taylor (en particulier l’avant-dernier album des Dirty Projectors) ; et depuis mai dernier, "Veckatimest", disque d’une richesse rare dont on n’a sans doute pas encore fait le tour, et album ayant nécessité un tel travail sur le son qu’on se demande comment le quatuor pourra retranscrire les complexes harmonies sur scène. Pourtant, ils y parviendront sans difficulté, sans aucune boucle ni quoi que soit. Depuis leur dernier passage ici, où ils étaient déjà très bons, leur son a pris beaucoup plus d’épaisseur, la complémentarité des voix est nettement plus évidente ; ils se paient même le luxe de modifications importantes, non seulement des morceaux de "Yellow house" qu’ils recréent avec une approche similaire à celle de leur dernier opus, mais aussi certains passages des chansons de "Veckatimest", qui fonctionnent toujours au moins aussi bien que sur l’album, et parfois même mieux. Le quatuor ouvre par "Southern point", morceau à tomber par terre, enchaîne sur "Cheerleader", et très vite on se dit qu’on est en train d’assister à un concert parfait, que tout est à un niveau exceptionnel, interprétation, harmonies, compositions, émotion. Cette impression de perfection ne nous quittera pas jusqu’à "On a neck, on a spit" qui clôt le set. Oubliez les prestations du groupe post-"Yellow house", pourtant passionnantes ; oubliez les lives des émissions où ils jouent, notamment ceux chez David Letterman qu’ils diffusent sur le net, tout cela paraît minable par rapport à ce que le public a pu voir ce soir : nous venons d’assister à la naissance d’un géant, d’un groupe qui sera certainement l’un des plus grands lors de la prochaine décennie, rien de moins.

Après une telle performance, la seule possibilité de ne pas être déçu est un changement complet de style, afin d’empêcher toute possibilité de comparaison. Les programmateurs de la Route du Rock l’ont bien compris en proposant Simian Mobile Disco ; de plus, ils ont pris la bonne habitude, depuis plusieurs années, de finir sur des prestations électro et dansantes. Et dans ce rôle, le duo mancunien est parfait. Tournant autour d’une plateforme circulaire centrale où sont entreposées leurs machines - leur nom est en fait inexact car ce sont eux qui sont mobiles, ne cessant de tourner autour de leurs machines, sauf pour quelquefois s’approcher du public bras levés - ils distillent les beats, lancent quelques boucles de claviers suraigus, et font mouche grâce à une efficacité imparable et des morceaux bien construits. En quelque sorte le chaînon manquant entre GusGus (à l’époque de leurs passages ici en 1997 et 1999) et Chloé (qui avait clôturé la Route du Rock 2006). Malgré la fatigue, on ne peut s’empêcher de danser, comme tous les spectateurs présents ici.

La musique d’Autokratz n’est pas extrêmement différente de celle de Simian Mobile Disco, mais avec une efficacité bien moindre et des compositions bas de gamme, la prestation du duo fait unanimité contre elle (réaction entendue et qui résume toutes les autres : « Jusqu’à présent y avait que des concerts bien, qu’est-ce que c’est que cette bouse ? »). On se demande ce qu’ont ingurgité les fondateurs de Kitsuné quand ils disent que la formation produit « le meilleur live tous pays confondus » (nous, pas grand-chose, car on sait qu’à la sortie du parking on va devoir subir le troisième éthylotest de toute la durée du festival. Plus étonnant, ceux qui quitteront le camping le lendemain matin connaîtront la même épreuve. Les festivaliers de la Route du Rock ont-ils donc une telle réputation de pochetrons ?) En tout cas, même si on ne connaît pas le nom du groupe avec qui l’organisation du festival a longtemps été en contact pour constituer la tête d’affiche de la dernière soirée, et qui a décliné l’invitation simplement parce que deux de leurs membres n’avaient pas envie de prendre l’avion spécialement pour le festival (enfin c’est ce que la rumeur dit), ce qui du coup a retardé fortement l’annonce de la programmation de cette édition de la Route du Rock, on les regrette car on aurait pu éviter Autokratz, remplaçants de dernière heure, et finir la soirée en beauté avec Simian Mobile Disco. Néanmoins, on gardera un excellent souvenir de cette soirée, et une impression globalement positive de l’édition 2009 de la Route du Rock.


par Gilles Ferté

jeudi 20 août 2009


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