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La Route du Rock 2009

 

 

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St-Malo, vendredi 14 août 2009

Au programme de la soirée, grand concours de décibels, où les vétérans My Bloody Valentine remettent leur titre en jeu face à des jeunots prêts à en découdre - et avec un intrus, Tortoise, qui au final délivrera la meilleure prestation de la soirée. Mais avant cela, quelques douceurs au Palais du Grand Large.

Palais du Grand Large : le calme avant la tempête

Niveau zéro pour le jeu de scène. Idem pour l’expressivité. Et pourtant, la claque de la journée. Car il y a une voix. Et quelle voix. Celle de Mark Kozelek, inchangée depuis les grandes heures des Red House Painters. Sortant sans le moindre effort, juste accompagnée d’une guitare sèche, elle nous transporte à des hauteurs rarement atteintes, lors du concert qui ouvre cette dix-neuvième édition de la Route du Rock, au Palais du Grand Large de St-Malo. Et ce même si Kozelek ne joue aucune chanson des peintres de la maison rouge. Il se déridera cependant deux-trois fois entre les morceaux, notamment pour remarquer un festivalier assoupi au second rang. « Il a dû faire un long voyage » plaisante t-il. Enchaîner après une telle prestation est un cadeau empoisonné : ainsi les deux premiers titres de Marissa Nadler, qu’elle joue seule à la guitare, paraissent bien fades. Heureusement, rejointe par un groupe d’une merveilleuse délicatesse, la suite passe bien mieux. On attendra néanmoins pour la juger de la revoir sans l’ombre d’une première partie aussi imposante.

Fort de St-Père : déluge sonore

Pendant ce temps au Fort, la société révolutionnaire se met en place : festivaliers et VIP doivent faire la même queue pour emprunter l’entrée unique pour la scène. Exception cependant à cet égalitarisme, les porteurs d’une certaine marque de baskets ont une file séparée. Le capitalisme n’est pas encore complètement vaincu.

Premier candidat à la compétition de décibels, les new-yorkais Crystal Stilts qui se révèlent bien moins bruyants que prévu. Les chansons sont agréables mais gâchées par un son mal réglé. Il est vingt heures quinze passé et le bavard Bradford Cox, leader de Deerhunter, est encore en train de plaisanter en conférence de presse. Pourtant le concert de la formation est prévu à vingt heures vingt… Mais, rappelé à l’ordre, Cox est à l’heure sur scène. Le groupe d’Atlanta délivre une prestation manquant globalement d’énergie et de conviction, malgré quelques bons passages ("Never stops"), et du coup déçoit. Dès les premières notes de Tortoise, on s’aperçoit que le niveau est monté de plusieurs crans. Set impeccable, visitant une bonne partie de leur discographie, qui déroute cependant une partie du public, venue écouter du rock et déconcertée par des structures proches du jazz, par des détours vers des musiques dites ethniques. Mais si on a les oreilles grandes ouvertes vers tous les styles de musique, on se régale.

Vient alors le moment de cette soirée que tout le monde attend : le concert de My Bloody Valentine. D’ailleurs on doit l’attendre plus que prévu, le groupe arrivant en retard - mais comparé aux dix-huit ans (pour l’instant) d’attente du successeur de "Loveless", ce n’est rien.
Tout de suite, les oreilles sont assaillies par le vrombissement des guitares (on remarquera les deux impressionnants murs d’amplis derrière Kevin Shields et Bilinda Butcher). Bien protégé par des bouchons, on tiendra cependant le choc à une distance relativement faible de la scène. Problème : les voix sont inaudibles. Et comme les chansons de My Bloody Valentine pourraient être résumées par le titre de la conférence de Christophe Brault du lendemain, "Le bruit et la mélodie", on a l’impression, étant privé des mélodies angéliques qui constituent une part importante de l’intérêt de la formation, de n’avoir droit qu’à un concert tronqué, comme si l’un des murs d’enceintes ne crachait plus aucun son - ce qui arrive d’ailleurs au milieu d’un titre (heureusement tout est vite réparé pour "Soon" qui suit immédiatement). Il paraîtrait que lors de la balance du matin on entendait le chant (mais peut-être était-ce alors Jeanne d’Arc à la console ?). En tout cas, plusieurs fois on verra Kevin Shields s’approcher de son murs d’amplis puis tendre l’oreille à quelques centimètres d’un des amplis, sans être apparemment affecté par le bruit qui en sort, ce qui semblerait confirmer l’hypothèse quelquefois diffusée de sérieux problèmes d’audition le concernant.
Si lui-même et Bilinda Butcher sont statiques, fidèles à l’éthique shoegazer (jouer en regardant ses pieds), la bassiste Debbie Googe semble emportée et attire du coup l’attention sur la section rythmique du groupe, impeccable ce soir, et on se rend compte que les albums de la formation n’auraient sans doute pas la même efficacité sans la qualité de cette section. Clou (pour nos tympans) final du set, le mur du son à la fin de "You made me realise", soit dix minutes de bruit pur, ce qui devient rapidement assez surréaliste, on n’entend plus la batterie alors qu’on voit se démener Colm O’Ciosoig, rien ne se passe sur scène, on en profite pour se retourner et essayer de lire sur leurs visages les réactions des spectateurs mais ceux-ci sont pour l’heure inexpressifs. Plus tard les langues se déchaîneront : « foutaise », « arnaque », « sans intérêt », les mots sont souvent très durs pour qualifier ce qui vient de se passer - trop sans doute, même si ce concert frustrant ne sera pas, de loin, ce qu’on retiendra musicalement de l’édition 2009 de la Route du Rock.

Mais le concours de décibels n’est pas encore terminé : A Place To Bury Strangers est réputé pour être sur scène le groupe le plus bruyant de New York, et l’autre activité du chanteur-guitariste Olivier Ackermann consiste en la fabrication de pédales d’effets répondant à des noms évocateurs comme "Total sonic annihilation" (il fournit notamment Nine Inch Nails). Pendant le premier morceau, d’une lourdeur extrême, on chercherait plutôt un endroit pour les enterrer dans le Fort. Mais le deuxième titre, assez proche de My Bloody Valentine, est inspiré et nous fait rester plus longtemps. Si la suite est toujours inégale, le rock sonique et énergique du trio est la plupart du temps convaincant. Par contre, au niveau volume sonore, My Bloody Valentine n’est pour l’instant pas dépassé.

Suit alors un temps extrêmement long avant l’arrivée du dernier groupe sur scène - ce qui aurait pu faire partir tout le public sans les DJs de Magnetic qui durent se surpasser lors de cette période (et ils savent le faire). En fait, on apprit plus tard que les australiens Snowman étaient bloqués par une panne de van et qu’ils arrivèrent une demi-heure après la fin de la prestation précédente... On espère alors que l’attente en vaut la peine ; mais dès la première note jouée, et alors qu’on est au milieu du Fort donc loin de la scène, on bondit en arrière ; au même instant on assiste à un spectacle rare, la fuite à pas soutenu d’une partie des festivaliers, tous se tenant les doigts dans les oreilles. Même s’ils ont loupé les concerts de leurs adversaires, Snowman remporte haut la main la compétition du jour, réussissant la performance de jouer encore plus fort que My Bloody Valentine ! Avec des bouchons d’oreilles et à distance respectable, on essaie de se faire une idée plus précise de la musique du quintette australien : en résumé, un mélange peu inspiré de Liars et de hardcore. Au milieu du deuxième titre, on remarque une nouvelle salve de départs du Fort - et on la suit. Après cette soirée, on se demande si l’association qui organise le festival ne va pas devoir changer de nom et s’appeler... Rock Tympans Fêlés.


par Gilles Ferté

mercredi 19 août 2009


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